| Au nom de la démocratie et des droits de l'Homme | |
| Les relations belgo-congolaises traversent depuis un mois une nouvelle zone de turbulences. A l'origine, une déclaration du ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht dénonçant notamment la corruption et les violations des droits humains au Congo «démocratique» de Joseph Kabila. Mal entouré, mal conseillé, celui-ci a préféré la facilité en se cabrant en lieu et place de balayer devant sa porte. «Le Congo est un Etat souverain, dirigé par des gouvernants élus», a pu rétorquer Kabila qui a rappelé dans la foulée son ambassadeur en consultation. Un cas qui est loin d'être le premier du genre. En octobre 2004, le diplomate congolais était appelé d'urgence à Kinshasa au lendemain du tout premier coup de gueule de De Gucht déniant aux dirigeants congolais un sens de responsabilité digne d'homme d'Etat. Cette fois, Joseph est allé plus loin en fermant le consulat général de la RD Congo à Anvers tout en invitant la partie belge à faire autant à Lubumbashi et à Bukavu. N'en déplaise à l'ambassadeur de la RD Congo, Karel De Gucht a parfaitement raison tant sur le fond que la forme. Le courroux présidentiel ne résulterait-il pas en réalité de l'inculpation, par un juge belge, de la Banque centrale du Congo pour blanchissement ? La légitimité des urnes confère-t-elle aux mandataires publics le droit «souverain» de voler l'Etat dont on est censé servir? La légitimité des urnes donne-t-elle à l'«élu du peuple» le droit de brimer la population tel que cela s'est passé notamment dans la province du Bas-Congo? Bien que motivés par des considérations opportunistes, les propos - tardifs ? - du patron de la diplomatie belge ont été approuvés par les Congolais dans leur grande majorité. La raison est simple. Malgré l'organisation des élections dites «libres, démocratiques et transparentes», la RD Congo n'est pas devenue une démocratie comme l'a affirmé, sans rire, mardi 27 mai sur les ondes de la RTBF, le commissaire européen Louis Michel. Rien n'a changé après les consultations politiques. Kabila et son entourage continuent à exercer un pouvoir omnipotent grâce à la «majorité présidentielle» qui vérrouille les deux Chambres du Parlement. Kabila est le véritable chef du gouvernement. En nommant des hauts magistrats en violation de la Constitution, il s'est arrogé le pouvoir judiciaire sous la férule de la Présidence de la République. Le «raïs» exerce un pouvoir qui n'a de compte à rendre à personne. Là où le bàt blèsse c'est que les droits et les libertés sont les plus grands perdants de cette concentration de pouvoirs. Les contre-pouvoirs sont aphones. L'opposition est muselée. Des parlementaires interpellent les ministres ? Sans doute. Et après ? Ces interpellations sont-elles suivies de sanctions ? Assurément pas. C'est ça la démocratie à la congolaise. Voilà pourquoi les Congolais dans leur grande majorité clament que «Karel De Gucht n'a fait que dire tout haut ce que les Congolais, eux-mêmes, disent tout bas». La volonté exprimée mardi 27 mai par le Premier ministre belge d'amadouer le potentat de Kinshasa est tout simplement affligeante. Faudrait-il rappeler que dans les années 90, le Zaïre a été déstabilisé – le mot n'est pas trop fort - par ses ex-alliés occidentaux au nom de la promotion de la démocratie et des droits de l'Homme? Les Zaïrois d'alors avaient cru – naïvement ? – que les «amis occidentaux» partageaient leur idéal démocratique et humaniste. Les Zaïrois, redevenus Congolais ont-ils été victimes d'un marché de dupes du siècle? Comment peut-on expliquer que onze années après Mobutu, la démocratie congolaise reste au niveau de balbutiements ? Comment peut-on également expliquer que la corruption, la mauvaise gouvernance et les violations des droits humains ont cessé d'émouvoir les prétendus "amis du Congo" au point qu'on trouve aujourd'hui quelques «avocats» pour plaider des circonstances atténuantes en faveur d'un régime qui n'est ni meilleur ni pire que celui de la IIème République? Que dire de la corruption au sein de la classe dirigeante en général et de la famille politique et biologique de l'homme qui se trouve au sommet de l'Etat congolais en particulier ? Sous prétexte que la RD Congo est devenue un Etat démocratique, le royaume de Belgique s'apprête-t-il à caresser Kabila dans le sens du poil juste pour préserver quelques intérêts vitaux? L'exigence démocratique et "droitdel'hommiste" claironnée jadis n'était-elle qu'un alibi opportuniste? Il est vrai que les Etats n'ont que des intérêts... B. Amba Wetshi |
Wednesday, May 28, 2008
Au nom de la démocratie et des droits de l’Homme
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